Place des Martyrs - Martelarenplein

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Dans Europe connexion, Alexandra Badea dépeint le trajet d’un lobbyiste qui met tout en œuvre pour modifier les textes de lois votés au Parlement Européen afin de servir les intérêts de l’agro- business. Le lobbyiste parle, il s’empare des mots avec élégance les lisse au besoin sous d’autres plus fréquentables. Qui pourrait douter de lui ? Pourtant derrière chacun de ses succès, réside un désastre pour l’humanité… Le G.I.E.C. crie. Le monde est sourd. Notre système économique engloutit le vivant dans une boulimie démesurée. Nous sommes devenus nos propres prédateurs. Les monstres mythologiques étaient censés inspirer au public « terreur et pitié », les nôtres, devenus prescripteurs des normes et règles de nos vies, y substituent « fiabilité et admiration », aidés du pouvoir de la rhétorique qui transfigure le réel, et dont Alexandra Badea nous invite à disséquer les mécanismes impitoyables, dans une écriture au scalpel aussi politique que poétique qui glace par le réalisme de ses propos, ne nous laissant à son issue qu’une rage salvatrice. La reprise d’un succès en phase avec l’actualité qui, sans didactisme, nous nous encourage à combattre l’inertie du temps.
********** English ********** A solo figure stands at the edge of the proscenium stage – the place often used for speeches and stand-up comedy – and silently morphs from one pose to the next, like a body shaped by time. Iconic and mundane images emerge in a dramaturgy that exposes a nuanced embodiment of what it means to sustain a place, a pose, a representation. Maria Hassabi merges the strength and vulnerability one experiences on stage – to be uncovered. She frames her signature style of stillness, slowness and aesthetic precision, and invites her audience to awaken their own references to a parade of images as they unfold. What happens when the process of an image is revealed? In a contemporary culture fiercely flooded by images, does it lose its appeal when compared to our expectations? Hassabi has presented her work in the world’s leading museums and exhibition contexts, and at the festival in 2014 and 2017. On Stage is undoubtedly one of her most radical and personal works, offering a feminist reflection and a piercing insight into her artistic trajectory. Before an audience, Maria Hassabi’s intensity is visible, almost tangible, in a work of rare power that leaves no one indifferent. ********** Français ********** Une personne se tient au bord du proscenium – l’espace de l’avant-scène souvent utilisé pour les discours ou le stand-up – et passe en silence d’une pose à une autre. La bande sonore va et vient, comme si elle suivait les mouvements du vent, ou comme si elle était l’écho de bruits lointains qui refléterait une histoire qui n’a pas encore eu lieu. Subtilement, des références iconiques et des images du quotidien émergent et interrogent ce que signifie occuper un lieu et prendre position. Dans un solo tout en nuance, Maria Hassabi fusionne le pouvoir et la vulnérabilité que l’on peut ressentir lorsqu’on “est” sur scène. Dans son style caractérisé par la lenteur, les silences et la précision esthétique, elle éveille l’imagination du public par un défilé d’images séquentielles. Que se passe-t-il lorsque le processus de création d’une image est exposé ? Dans un monde inondé d’images, ne perdent-elles pas rapidement leur attrait ? Hassabi, qui a présenté son travail dans les plus grands musées du monde et au festival en 2014 et 2017, offre avec On Stage l’une de ses œuvres les plus radicales et personnelles ; une réflexion féministe et un regard approfondi sur sa trajectoire artistique. Une œuvre d’une rare puissance qui rend l’intensité de Hassabi visible, presque tangible, en face-à-face avec le public. ********** Nederlands ********** Een figuur staat aan de rand van het proscenium – het deel van de scène dat vaak gebruikt wordt voor toespraken en stand-up comedy – en transformeert geruisloos van de ene pose in de andere. Geluid komt en gaat en lijkt de echo te zijn van een soundtrack ergens ver weg, van een verhaal dat nog moet plaatsvinden. Iconische en alledaagse beelden duiken op in een dramaturgie die een genuanceerde belichaming voorstelt van wat het betekent om een plaats in te nemen, een houding aan te nemen. Maria Hassabi versmelt de kracht met de kwetsbaarheid van het ‘op scène staan’. Ze doet dit in haar kenmerkende stijl vol stilte, traagheid en esthetische precisie, en wakkert de fantasie van het publiek aan via een parade van opeenvolgende beelden. Wat gebeurt er wanneer de totstandkoming van een beeld wordt blootgelegd? Verliest het niet al snel zijn aantrekkingskracht, in een wereld die overspoeld wordt door beelden? Hassabi presenteerde haar werk in ’s werelds meest toonaangevende musea en op het festival in 2014 en 2017. On Stage is ongetwijfeld één van haar meest radicale en persoonlijke werken, met een feministische boodschap. Een performance die Hassabi’s intensiteit zichtbaar, bijna tastbaar maakt en een fascinerende inkijk geeft in haar artistieke traject.
Aujourd’hui, elle part de constats et de statistiques, pas d’une colère irrationnelle ; elle ne veut ni écrire de fiction édulcorée, ni chercher à raconter l’histoire des femmes et encore moins la sienne, ni à brûler les hommes, ni à faire justice. En reconstituant une scène de crime, par le biais d’un geste accessible, fort, documenté et poétique, travaillant à un acte artistique qui puisse révéler une certaine beauté tout en pouvant transcender la douleur de gestes passés, Céline Chariot, qui n’est ni danseuse, ni actrice, mais photographe, aborde le viol via le regard, via des sensations qui ont pour but la réflexion, et rappelle que dans cette transgression odieuse qu’est le viol, le crime n’est pas uniquement celui du violeur mais surtout celui d’un corps social qui pointe la victime comme responsable de son sort. Dans une forme originale où se mêlent texte, performance, silence, regard, reconstitution du réel et onirisme, le spectacle invite puissamment à la transformation des traumatismes du passé en une puissante frénésie d’en finir avec les inégalités de genre. (1) La Slutwalk, ou « Marche des salopes », est une marche de protestation née en avril 2011 au Canada après qu’un officier de police ait déclaré : « Si vous voulez éviter de vous faire violer, il faut éviter de s’habiller comme une salope »
********** English ********** Too serious! Too complicated! Too ugly! These clichés about contemporary music need to be debunked once and for all. And that is precisely what soprano Sarah Defrise, voted Young Musician of the Year by the Belgian Music Press in 2021, intends to do. In her one-woman show, she lifts the veil on the little-known world of contemporary music with a caustic sense of humour. A wacky world that she approaches on the basis of her own experience and a selection of works performed a cappella. Between phonemes, onomatopoeia, references to American comics, minimalist music, cyclical music and even a few orgasmic outbursts, this is the ideal playing field for the singer’s vocal and acting talents.  An accessible – and funny – take on a repertoire that is unfamiliar and yet so close to us. A show intended for all music lovers. ********** Français ********** C’est trop sérieux ! C’est compliqué ! C’est moche ! Autant de clichés sur la musique contemporaine à dynamiter en bonne et due forme. C’est ce que vous propose la soprano Sarah Defrise, élue « Jeune musicienne de l’année » par l’Union de la presse musicale belge en 2021. Dans son seule en scène, elle vous raconte avec un humour caustique le monde méconnu de la musique contemporaine. Un univers déjanté qu’elle explore à travers son expérience personnelle et une sélection d’œuvres interprétées a cappella. Entre les phonèmes, les onomatopées, les références aux Comics américains, la musique minimaliste, la musique cyclique et même quelques élans orgasmiques, la chanteuse trouve le terrain de jeu idéal pour sa voix et ses talents de comédienne. Une approche accessible – et drôle – de ce répertoire inhabituel, pourtant si proche de nous, qui s’adresse à tous les amateurs de musique. ********** Nederlands ********** Te ernstig! Te ingewikkeld! Ketelmuziek! Het is slechts een greep uit de vele clichés over hedendaagse muziek die sopraan Sarah Defrise in deze onewomanshow vakkundig torpedeert. Met speels plezier en een flinke dosis ironie gidst de ‘Jonge Muzikante van het Jaar’ (Vereniging van de Belgische Muziekpers, 2021) je doorheen de wondere en miskende wereld van de eigentijdse muziek, aan de hand van persoonlijke ervaringen en een handvol werken die ze a capella zingt. Maak je klaar voor een spervuur van fonemen en onomatopeeën, voor minimalistische en cyclische muziek, voor orgastische uithalen en obscure referenties. Een toegankelijke – en grappige – duik in een repertoire dat minder ver van ons staat dan we denken. Alle muziekliefhebbers welkom.
********** English ********** Too serious! Too complicated! Too ugly! These clichés about contemporary music need to be debunked once and for all. And that is precisely what soprano Sarah Defrise, voted Young Musician of the Year by the Belgian Music Press in 2021, intends to do. In her one-woman show, she lifts the veil on the little-known world of contemporary music with a caustic sense of humour. A wacky world that she approaches on the basis of her own experience and a selection of works performed a cappella. Between phonemes, onomatopoeia, references to American comics, minimalist music, cyclical music and even a few orgasmic outbursts, this is the ideal playing field for the singer’s vocal and acting talents.   An accessible – and funny – take on a repertoire that is unfamiliar and yet so close to us. A show intended for all music lovers.   Attend this performance (and three others of your choice) with  25% discount thanks to our Vocalissimo subscription. ********** Français ********** C’est trop sérieux ! C’est compliqué ! C’est moche ! Autant de clichés sur la musique contemporaine à dynamiter en bonne et due forme. C’est ce que vous propose la soprano Sarah Defrise, élue « Jeune musicienne de l’année » par l’Union de la presse musicale belge en 2021. Dans son seule en scène, elle vous raconte avec un humour caustique le monde méconnu de la musique contemporaine. Un univers déjanté qu’elle explore à travers son expérience personnelle et une sélection d’œuvres interprétées a cappella. Entre les phonèmes, les onomatopées, les références aux Comics américains, la musique minimaliste, la musique cyclique et même quelques élans orgasmiques, la chanteuse trouve le terrain de jeu idéal pour sa voix et ses talents de comédienne.   Une approche accessible – et drôle – de ce répertoire inhabituel, pourtant si proche de nous, qui s’adresse à tous les amateurs de musique.      Assistez à cette représentation (et à trois autres de votre choix) avec 25 % de réduction grâce à notre abonnement Vocalissimo. ********** Nederlands ********** Te ernstig! Te ingewikkeld! Ketelmuziek! Het is slechts een greep uit de vele clichés over hedendaagse muziek die sopraan Sarah Defrise in deze onewomanshow vakkundig torpedeert. Met speels plezier en een flinke dosis ironie gidst de ‘Jonge Muzikante van het Jaar’ (Vereniging van de Belgische Muziekpers, 2021) u doorheen de wondere en miskende wereld van de eigentijdse muziek, aan de hand van persoonlijke ervaringen en een handvol werken die ze a capella zingt. Maak u op voor een spervuur van fonemen en onomatopeeën, voor minimalistische en cyclische muziek, voor orgastische uithalen en obscure referenties.  Een toegankelijke – en grappige – duik in een repertoire dat minder ver van ons staat dan we denken. Alle muziekliefhebbers welkom. Geniet 25% korting op deze voorstelling (en drie andere naar keuze) dankzij ons Vocalissimo-abonnement.
Hikidashi
15juni
-
19juni
Petite, elle avait honte de lui et s’inquiétait d’être différente des autres ; elle voulait être forte, apprendre le kendo. Il lui disait « Tu es déjà plus forte que moi, tu n’en as pas besoin ». « Quelle est la chose plus importante dans la vie ? » lui avait-elle demandé. Devenue artiste en Europe, elle lui demande « Pourquoi la vie est une telle souffrance ? ». « Parce que tu es toujours sur ton ego » Iui répond-il, ajoutant que l’unique moyen de s’en libérer est d’entrer en dialogue avec son art. « Hikidashi » signifie « tiroir » en japonais. La fille y a conservé tous les souvenirs de son père. Aujourd’hui, elle doit mettre sa tête dans ce tiroir. Elle y trouvera : un caillou, un petit insecte, un vieux porte-monnaie, vestiges intimes fourrés dans un meuble, sans sélection, ni jugement, qui ressurgissent sur le plateau. Elle n’a aucune expérience d’une relation normale père-fille. Néanmoins, cette pièce parle du sien, sans doute particulier au Japon, mais c’est son père. Ce qui pose une question plus générale : les hommes sont-ils aptes à être père ?

Past events

"Accordez-moi la parole" est le théâtre d’une rencontre entre une écrivaine, Salomé, et une mère infanticide, Raphaëlle Lombardo. Toutes deux font l’expérience de la maternité, l’une dans les affres des criminelles tragiques, l’autre dans une naïveté toute nouvelle. L’une demandera que son acte puisse trouver une trace dans l’écriture, l’autre découvrira en l’écrivant toutes les difficultés à oser raconter un histoire pareille. La prison, l’accompagnement, les jugements, les silences, les actes, les regards, le mépris, la réinsertion autant de défis qu’elles deux doivent gravir. Mais cela ne va pas sans le pouvoir des mots, la nécessité de l’écriture pour aborder au plus près et avec finesse les béances de la maternité. « L’écriture de Vinciane Moeschler convoque autant le réel, la dureté des actes, les affects les plus secrets tout en osant ouvrir le potentiel que génère l’écriture: laisser une trace, des mots pour dire, accepter d’être jugée. ne pas être réduite au silence. Accordons-lui notre écoute! » Michel Bernard -- « Accordez-vous la parole », Ed. Mercure de France, 2023 Salomé est une jeune romancière à succès. Alors qu’elle commence l’écriture de son prochain livre, Raphaëlle Lombardo surgit dans sa vie. Maman à la tendresse qui dérape, elle peine à faire grandir ses enfants. Elle est l’épouse que le conjoint abandonne, la fille qu’on a mal aimée. Son petit dernier, son « bébé d’amour », était sa dernière chance. En commettant l’interdit, elle rejoint le cercle tragique des criminelles et réclame la parole : être jugée plutôt que réduite au silence. À contre-courant de la maternité idéalisée, Vinciane Moeschler dresse le portrait d’une femme que personne n’a voulu voir sombrer. En abordant de manière frontale un sujet qui dérange, elle questionne les limites d’un acte qui assassine nos repères. Un roman inclassable, terriblement puissant. « Vinciane Moeschler signe un roman imparable et intense où la puissance le dispute à la délicatesse et la nuance au jugement. D’une vraie intelligence humaine et littéraire. » Laurence Bertels. La Libre Belgique.
« J’aime faire rire. Pour moi, c’est une politesse. » dit Léonard Berthet-Rivière. Quiconque a vu ou verra le spectacle qui plonge dans les arcanes d’une histoire abracadabradantesque, trouvera ce jeune homme et sa complice Muriel Legrand de fait immensément polis. Qu’on en juge un peu : soit un vaudeville à table (ou presque), quatre actes, treize personnages, un acteur et une actrice ; soit une vendetta ourdie par Gérard contre son concurrent Raymond, le jour où celui-ci vient enlever sa maîtresse, Inès, femme de Gérard, alors que Frédéric, le fils de Raymond vient demander la main de Sophie, la fille de Gérard, enceinte jusqu’au yeux… Tous les ingrédients d’un vaudeville roboratif et d’une folle journée réunis sous la plume magistrale de Roger Dupré dans laquelle s’engouffrent l’actrice et l’acteur surfant sur l’absurdité d’une partition frénétique où la fantaisie mène le bal, et dans lequel on passe de la lecture savoureuse à deux têtes à une danse endiablée à mille bras. Symbolique et poétique, loufoque mais jamais dingue, Le mystère du gant pousse la tradition vaudevillesque à son paroxysme, touche l’absurde et ne se refuse aucune astuce pour nous redonner goût aux histoires. Un pied de nez salutaire à la sériosité et à la morosité qui fait beaucoup de bien.
Louis est un homme un peu esseulé. Bénévole dans un centre de revalidation pour oiseaux, il croise une cane blessée, à l’œil vif mais fuyant, dont il va prendre soin chez lui et qu’il nomme Frou-Frou. Pourra-t-elle voler de nouveau ? Au prix de quelles péripéties ? Et dans cette rencontre lumineuse et poignante, qui aide l’autre finalement ? Premier texte du recueil Nous sommes à la lisière consacré aux alliances délicates entre la vie sauvage et le monde des humains, Frou-Frou, une vie sauvage, parabole d’une émancipation conjointe, étonne, bouscule et touche.
 Avec sa lucidité coutumière, Caroline Lamarche aborde les enjeux contemporains de la biodiversité tout en déployant une « histoire de bêtes » aussi concrète qu’extraordinaire. Elle nous enjoint à la nécessité de protéger le vivant, elle nous dit la violence sous-jacente de notre monde, la difficulté à s’y faire une place, nous alerte du risque aussi d’avoir un jour un ciel sans volatiles ; son écriture ramifiée trouve en Gaëtan Lejeune l’interprète idéal d’une narration aérienne et précise. Un seul en scène sur le fil, intime et fluide, mais aussi vif et sauvage, sur les interdépendances de l’animal et l’humain, et leurs fragilités mutuelles. En prise constante avec la terre, Frou-Frou, une vie sauvage nous fait rêver très haut, sourire au cœur.
Entracte
06april
-
12april
Entracte c’est une pause entre deux moments d’agitation, un arrêt qui offre une place à la divagation, et c’est ici le récit de deux solitudes : celles d’une actrice et d’un acteur, maquillés, costumés, accessoirisés, mais sans partenaire et sans public. Revêtus des habits des rôles shakespeariens qu’ils ont joués ou rêvés de jouer – ceux d’Elisabeth Ire, d’Henry V, de Macbeth, de Lady Macbeth, d’Hamlet, de Roméo, de Juliette -, usant d’eux comme d’un bouclier pour se protéger de leurs angoisses, ils cherchent, loin des théâtres éteints, à résister à l’étouffement de l’isolement, retrouver du sens à leurs destins et à ne pas tomber dans l’oubli. Reclus l’une et l’autre dans leur cabane respective, ils effectuent inlassablement les gestes du quotidien, qui, sans jamais perdre en force, s’atténuent au fil du temps et de l’usure des corps affaiblis, faute de n’expérimenter que le nécessaire : manger, dormir, se changer, se laver.
 Entracte c’est le pari audacieux de revivre l’enfermement pour mieux s’en libérer : Lady Macbeth renverse du ketchup et la voilà avec les mains ensanglantées, Hamlet coupe du saucisson et le voilà avec un poignard dans la main. Un spectacle qui n’hésite pas à tirer les ficelles de l’absurde et du poétique pour nous plonger dans un univers de fantaisie dans lequel Delphine Bibet et Alexandre Trocki excelleront à n’en pas douter.
Dans L’apocalypse heureuse, Stéphane Lambert revient sur sa propre histoire pour en dénouer les nœuds et passe par le geste de l’écriture pour sortir du labyrinthe de la souffrance, dépeignant la mémoire traumatique de l’enfant abusé qu’il a été, en retraçant les contours pour pouvoir mener sa vie d’adulte sur un chemin plus apaisé. Convoquant de nouveau les faits vécus, il tisse une toile qui prend l’universel pour périmètre. La maison en Bretagne, la séparation des parents, le déménagement avec la mère, la mort d’un amour, la découverte d’un autre, la mort du père, les flux croisés de la vie passée et du temps présent, autant d’arrêts qui balisent « cet itinéraire du soi » qui permet d’aller vers demain.
D’une grande douceur, le texte nous dit l’urgence de vivre, d’aimer pour vaincre la mort et les spectres qui nous retiennent à eux, nous invitant à les affronter sans baisser les yeux. Écrit à la première personne du singulier, le récit nous invite à parcourir, sans faux-semblants, l’intimité des souvenirs, confrontant l’adulte avec les chocs, les culpabilités, et les non-dits qui ont marqué l’enfance.
 Jean-Baptiste Delcourt, en étroite collaboration avec l’auteur, adapte ce récit à la scène, avec pour désir d’en faire entendre la parole au présent et d’en faire partager l’esprit de conquête d’une renaissance.
L’histoire du Woyzeck de Büchner est simple, efficace et glaçante : un jeune soldat se porte à la fois volontaire pour être cobaye auprès d’un médecin contre de l’argent et, comme subalterne de son capitaine de garnison, sombre dans la folie et poignarde sa femme. 
Avec Marie et Woyzeck, Pauline d’Ollone s’inspire de ce classique inachevé du dix-neuvième siècle, déplaçant l’action de la caserne d’hier à l’entrepôt de la grande distribution d’aujourd’hui, pour interroger nos systèmes de production actuels et les maux qui en découlent, abrutissant les égarés de l’existence qui s’y enrôlent pour subsister. Elle s’en empare sans rien lui ôter de sa réalité diffractée. À la négativité de la marchandisation de l’être humain considéré comme une ressource à optimiser, elle oppose le feu créateur de la musique et de la poésie : toujours plus de beauté, toujours plus de rêve et d’humanité, toujours plus de sororité et de fraternité. Elle l’enrichit d’un procès, celui du meurtre de Marie, du féminicide commis par Woyzeck, instruisant deux questions : La violence d’un homme est-elle aveugle à tout autre choix que celui « d’user » et donc de tuer ce qu’il considère comme sa propriété ? Ou bien n’est-elle que la conséquence de la petite graine qui a patiemment poussé, arrosée qu’elle était chaque jour par une idéologie patriarcale, capitaliste et sexiste ?
Girls and boys
16februari
-
22februari
Seule sur scène, une femme se fait l’enquêtrice de sa propre vie : la rencontre, la vie de couple, la confiance partagée, la fierté de celui qu’elle aime d’être son élu, les enfants qui naissent, sa vie professionnelle, le poste qu’elle a obtenu au culot, la boîte fondée avec un collègue qui atteindra bientôt les sommets. Elle nous ressemble, elle nous fait rire, cette femme, puis l’humour s’estompe, et le drame infuse peu à peu sa voix comme l’encre le fait sur un buvard et son récit, débuté comme un stand-up, se poursuit insidieusement en thriller rongé par l’acide d’une masculinité toxique, pour aboutir à la tragédie. Construit comme un puzzle, nous faisant passer du rire à l’effroi, Girls and boys est un texte où l’on retrouve le ton acerbe et critique, l’humour noir et le regard sans concession du scénariste et dramaturge qui ont valu à Dennis Kelly d’être catalogué comme écrivain d’un théâtre in-yer-face (théâtre coup de poing). France Bastoen, comme l’a écrit le journaliste Didier Béclard, « habite magistralement cette femme et l’actrice désignée meilleure interprète par les Prix Maeterlinck de la Critique en 2022, épouse les émotions contrastées de son personnage avec une force et une justesse impressionnantes ». Les six dernières représentations bruxelloises d’un spectacle magistral.
Loin de Linden
09februari
-
18februari
Depuis une rencontre à Linden à l’hiver 1960, Eugénie, fille de garde-chasse à l’accent teinté d’un patois flamand, et Clairette, fille du général De Witte, francophone cosmopolite embourgeoisée, ne se parlent plus ; leur unique consensus étant la certitude qu’elles n’ont plus rien à se dire : silence familial, silence de l’histoire, nous sommes en Belgique, pas de doute… Leur petit-fils orphelin de ses racines, réussit à les réunir à nouveau. Et c’est autour d’une traditionnelle table en formica, dans la cuisine d’Eugénie, que nous les retrouvons : les langues se délient et dessinent un pays commun tel qu’il était il y a deux générations. Entre souvenirs de guerre, conflits linguistiques du plat pays, anecdotes chaleureuses et contrastées sortant des tréfonds d’une époque lointaine, Loin de Linden s’apparente à un bond dans le temps où se croisent tant l’histoire nationale belge que les mémoires qui l’ont traversée. Un rendez-vous des existences, des silences et des héritages, à déguster de nouveau et sans modération.
Trois Soeurs
26januari
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10februari
Prenez trois jeunes femmes, Irina, Olga et Macha, et quelques soldats d’une garnison désœuvrée – sans mission et en déroute philosophique, en quelque sorte … Placez-les dans une maison familiale dont le père et la mère ont disparu. Laissez-les se heurter, se frôler, se divertir, se repousser. Situez l’action dans une ville insignifiante aux confins de nulle part, dans un vide existentiel où passé et futur semblent inconciliables et le présent insoutenable. Telle est l’expérience à laquelle nous convie Christophe Sermet qui lit, dans cette comédie tissée de micro-tragédies, une observation de l’être humain in vivo, détachée de toute interprétation historico-politique ; une réflexion sur la complexité d’être au monde et d’y trouver une harmonie avec l’autre ; une exploration du sentiment tragique de n’être jamais laissé en paix par ses désirs, de n’être ni au bon endroit ni au bon moment, perpétuellement décalé dans le temps et dans l’espace, embarqué dans le drame comique du contretemps. Tchekhov offre une dramaturgie du doute, de l’incertitude, de la complexité et de la remise en cause incessante des points de vue et des opinions. À une époque où le monde numérique appauvrit et nivelle les rapports interpersonnels, il est salutaire de revenir à cette écriture, où la possibilité du sensible – du désarroi intime – passe par le ressenti collectif, entre scène et salle, et dans cet entre- deux trouble où l’on vibre ensemble.